Centralisation des achats dans les bibliothèques de la Ville de Montréal

mar, 09/26/2017

Montréal, le 26 septembre 2017

 

Monsieur Ivan Filion
Directeur des bibliothèques de Montréal
801, rue Brennan (Pavillon Prince)
5e étage
Montréal, Québec, H3C 0G4

 

Objet : Changements prévus pour l’achat des documents destinés aux bibliothèques de la Ville de Montréal

 

Monsieur Filion,

La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ) a pris connaissance de l’article paru dans Le Devoir le 18 septembre dernier, concernant la centralisation des achats pour les bibliothèques de la Ville de Montréal. La CBPQ est un organisme professionnel fondé en 1969, comptant près de 500 membres. Sa mission principale est de protéger le public et d’assurer le rayonnement de la profession de bibliothécaire. En ce sens, la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ) se désole des orientations prises par la Direction des bibliothèques en ce qui a trait à la sélection des documents.

Il est préoccupant de voir le nombre de bibliothécaires responsables du développement de collections diminuer. Les inconvénients d’une telle centralisation sont nombreux :

  • Homogénéisation des collections, menant à une perte de diversité et de la couleur locale ;
  • Baisse du nombre de points de vue représentés lors du choix des documents ;
  • Équilibre des collections fragilisé par la moins bonne connaissance des sélecteurs des lacunes des collections locales, mais également des sujets déjà bien couverts dans la collection ;
  • Désaveu de l’expertise des bibliothécaires locaux ;
  • Mise en valeur de la collection plus difficile, puisque les bibliothécaires locaux seront moins familiers avec les nouvelles acquisitions.

En mai 2010, dans le document « La bibliothèque du XXIe siècle », la Direction des bibliothèques présentait la vision suivante du réseau de bibliothèques de la Ville de Montréal :

La bibliothèque publique est au service de chacun. Elle se présente comme un véritable carrefour citoyen, proche de la population et de son milieu de vie. […] Relevant de la compétence des arrondissements, la bibliothèque locale est avant tout un service de proximité, contribuant au développement et à la qualité de vie de toutes et tous. Dès 2002, dans son rapport à la Commission des arts, de la culture et du patrimoine, le Service du développement culturel de la Ville de Montréal soulignait l’importance du rôle de la bibliothèque dans sa communauté : « elle doit être une institution identitaire dotée d’une personnalité propre, un lieu dans lequel les citoyens se reconnaissent ».

La décision de centraliser le service de développement de collections semble remettre en question cette vision de la bibliothèque publique.

Pour la poursuivre, il est essentiel selon nous de prendre en considération l’expertise des bibliothécaires de quartier, et de les inclure dans les processus décisionnels. Leur proximité avec les usagers permet de mieux cibler les besoins et, ainsi, de mieux desservir la communauté locale.

La CBPQ souhaite avoir contribué à votre réflexion pour développer de façon optimale les futures orientations de votre service. Nous espérons vous voir laisser aux bibliothécaires de quartier la responsabilité du choix des documents de leur bibliothèque.

Je vous prie d’agréer, Monsieur Filion, l’expression de mes sentiments distingués.

Le président,

Guy Gosselin

 

 


1 « Le rôle de la bibliothèque dans sa communauté », Bibliothèque de Montréal, Service du développement culturel, Ville de Montréal – Document présenté devant la Commission des arts, de la culture et du patrimoine, mai 2002, p.3.